En 2026, le marché de l’énergie a changé de visage. La fin de l’ARENH (Accès Régulé à l’Électricité Nucléaire Historique) au 31 décembre 2025 a ouvert une nouvelle ère de régulation, tandis que le Prix Repère du Gaz continue de suivre les à-coups des marchés internationaux. Résultat : les factures restent volatiles, mais les leviers pour les alléger n’ont jamais été aussi nombreux. Ce guide fait le tour des trois grands axes d’économie: changer de fournisseur, ajuster sa puissance et son option tarifaire, et adopter les bons gestes et équipements avec, pour chacun, une estimation chiffrée de l’économie annuelle possible.
Où en sont les prix en 2026 ?
Avant de choisir ses leviers d’économie, il est utile de comprendre où se situent les prix aujourd’hui.
Côté électricité, le tarif réglementé de vente (TRV), aussi appelé tarif Bleu, s’établissait en juillet 2026 à environ 0,1940 € le kWh en option Base, 0,2065 € en heures pleines et 0,1579 € en heures creuses. Ce niveau résulte d’une réforme structurelle entrée en vigueur au 1er janvier 2026, qui a mis fin au socle d’approvisionnement régulé : le tarif réglementé comme les offres de marché reposent désormais intégralement sur le prix de marché. Concrètement, cela signifie que la différence entre rester au tarif réglementé et souscrire une offre de marché s’est resserrée, et qu’il devient d’autant plus important de comparer régulièrement les offres.
Côté gaz, la logique est différente puisqu’il n’existe plus de tarif réglementé depuis 2023 : c’est le Prix Repère Gaz (PRG), publié chaque mois par la CRE, qui fait référence. En juillet 2026, il ressortait à environ 0,12766 € le kWh pour un foyer chauffé au gaz, en hausse de 7,6 % sur un mois et de 17,6 % sur douze mois glissants, une conséquence directe des tensions internationales sur les marchés gaziers du printemps. Ce prix évolue mensuellement, ce qui explique pourquoi une offre à prix indexé peut faire grimper une facture de gaz assez brutalement d’un mois à l’autre.
Cette instabilité est précisément ce qui rend les trois leviers suivants particulièrement pertinents cette année.
Axe 1 : changer de fournisseur
Pourquoi c’est le levier le plus rapide
Changer de fournisseur d’électricité ou de gaz est gratuit, ne coupe jamais l’alimentation (le réseau reste le même, seul le contrat change) et peut être fait à tout moment, sans engagement ni frais de résiliation depuis la loi Hamon. C’est souvent le levier le plus rapide à activer, car il ne nécessite aucun investissement ni changement d’habitude.
Ce qu’il faut comparer
Trois types d’offres coexistent aujourd’hui :
- Les offres indexées sur le tarif réglementé ou sur le Prix Repère, qui suivent les hausses et les baisses du marché.
- Les offres à prix fixe, qui garantissent un tarif bloqué pendant 1, 2 ou 3 ans et sont utiles pour se protéger d’une flambée, mais elles peuvent aussi faire manquer une baisse.
- Les offres à prix fixe et révisable à la baisse, un compromis qui sécurise contre la hausse tout en profitant d’un repli des prix.
Pour le gaz en particulier, dans un contexte où le Prix Repère a bondi de plus de 15 % en un mois au printemps 2026 sous l’effet de tensions géopolitiques au Moyen-Orient, une offre à prix bloqué prend tout son sens pour un foyer qui souhaite sécuriser son budget hiver après hiver.
Économie estimée
Sur l’électricité, les offres de marché les moins chères affichent aujourd’hui des remises pouvant aller jusqu’à 10-15 % sous le tarif réglementé en option Base, selon les comparateurs indépendants. Pour un foyer consommant 4 000 kWh/an (profil moyen d’un appartement chauffé à l’électricité en partie), cela représente une économie de l’ordre de 80 à 150 € par an, hors abonnement.
Sur le gaz, l’écart entre les offres les plus chères et les moins chères indexées sur le Prix Repère peut atteindre 5 à 8 %. Pour un foyer chauffé au gaz consommant environ 12 000 kWh/an, cela équivaut à une économie potentielle de 60 à 100 € par an. Le choix d’une offre à prix fixe, quant à lui, ne fait pas nécessairement économiser à l’instant T, mais évite les mauvaises surprises : sur les douze derniers mois, un foyer resté à prix indexé a vu sa facture de gaz gonfler de près de 18 %, un choc qu’un contrat à prix bloqué aurait totalement absorbé.
À retenir : comparer les offres une à deux fois par an, au moment des révisions tarifaires (1er février et 1er août pour l’électricité), permet de capter les meilleures conditions sans jamais s’engager sur le long terme.
Axe 2 : adapter sa puissance et son option tarifaire
C’est le levier le plus méconnu, et pourtant souvent le plus rentable, car il ne coûte rien et agit directement sur la part fixe de la facture, celle qui pèse de plus en plus lourd. En effet, lors de la dernière révision du tarif réglementé, le prix du kWh a légèrement baissé d’environ 0,62 % en option Base, mais l’abonnement a augmenté d’environ 2 %, ce qui illustre bien la tendance de fond : la part fixe grimpe plus vite que la part variable.
Revoir sa puissance souscrite (kVA)
Beaucoup de foyers sont abonnés à une puissance supérieure à leurs besoins réels, souvent héritée d’un ancien logement ou d’anciens équipements. Une puissance surdimensionnée fait grimper l’abonnement chaque mois, sans aucun bénéfice.
- Pour un studio ou un T2 sans chauffage électrique : 3 ou 6 kVA suffisent généralement.
- Pour une maison chauffée à l’électricité avec plusieurs équipements énergivores (véhicule électrique, ballon d’eau chaude, plaques à induction) : 9, 12 ou 15 kVA peuvent être nécessaires.
Passer de 9 à 6 kVA, quand c’est possible sans déclencher de coupures, représente une économie d’environ 30 à 50 € par an sur l’abonnement seul. À l’inverse, une puissance trop faible entraîne des disjonctions répétées, qui finissent par coûter plus cher en confort et en usure des équipements qu’elles ne font économiser.
Choisir la bonne option tarifaire
- Option Base : un prix unique toute la journée. Simple, adaptée aux foyers dont la consommation est répartie de façon homogène.
- Option Heures Pleines/Heures Creuses : un tarif réduit sur une plage de 8 heures (souvent la nuit), en échange d’un tarif légèrement plus élevé le reste du temps. Intéressant dès que 30 à 40 % de la consommation peut être décalée vers les heures creuses (lave-linge, lave-vaisselle, recharge de véhicule électrique, ballon d’eau chaude).
- Options Tempo ou EJP : des tarifs très bas la majorité de l’année, mais très élevés lors de quelques dizaines de jours de forte tension sur le réseau. Ces options ont d’ailleurs connu les plus fortes hausses lors de la dernière révision tarifaire, avec +6,2 % pour Tempo et +3,3 % pour EJP, alors que l’option Base et les heures creuses baissaient. Elles restent rentables uniquement pour les foyers capables de fortement réduire leur consommation lors des jours rouges.
Économie estimée
Un foyer qui bascule vers l’option Heures Creuses et décale ses usages énergivores la nuit peut réduire sa facture annuelle de 10 à 15 % sur la part consommation, soit environ 80 à 200 € par an selon le niveau de consommation. Combinée à un ajustement de puissance, cette action représente l’un des meilleurs rapports économie/effort du guide, puisqu’elle ne demande qu’un appel au fournisseur et quelques changements d’habitude (lancer les machines en soirée, programmer le ballon d’eau chaude).
Axe 3 : les gestes et équipements qui font baisser la consommation
Changer de fournisseur ou d’option tarifaire agit sur le prix payé par kWh. Ce troisième axe agit sur le nombre de kWh consommés, et c’est souvent là que se cachent les économies les plus importantes sur le long terme, en particulier pour le chauffage, qui représente à lui seul 60 à 70 % de la facture énergétique d’un logement mal isolé.
Les gestes du quotidien (coût nul à faible)
- Baisser le chauffage d’1°C réduit la consommation de chauffage d’environ 7 %. Passer de 21°C à 19°C dans les pièces de vie peut ainsi représenter 60 à 120 € d’économie par an selon la surface et le mode de chauffage.
- Dégivrer régulièrement le réfrigérateur et le congélateur : 3 mm de givre suffisent à augmenter la consommation de 30 %.
- Éteindre les veilles (box internet, télévision, chargeurs) : entre 50 et 80 € par an pour un foyer équipé de nombreux appareils électroniques.
- Décaler l’utilisation des appareils énergivores vers les heures creuses si l’option est souscrite.
- Couper l’eau chaude sanitaire quelques degrés (60°C au lieu de 65°C sur le ballon) : quelques dizaines d’euros par an, sans perte de confort perceptible.
Cumulés, ces gestes gratuits permettent facilement d’économiser 150 à 250 € par an sur une facture moyenne, sans aucun investissement.
Les équipements à surveiller ou à changer
- Remplacer les ampoules halogènes ou incandescentes restantes par des LED : jusqu’à 80 % d’économie sur l’éclairage, pour un investissement de quelques euros par ampoule, amorti en quelques mois.
- Installer des thermostats programmables ou connectés : permet de moduler automatiquement la température selon les horaires d’occupation, avec des économies de chauffage estimées entre 10 et 15 %, soit 100 à 200 € par an pour une maison chauffée à l’électricité ou au gaz.
- Purger et équilibrer les radiateurs (gaz ou électrique à eau) : un geste d’entretien annuel gratuit qui améliore le rendement du chauffage de 5 à 10 %.
- Remplacer une chaudière gaz ancienne par un modèle à condensation ou une pompe à chaleur : un investissement plus lourd (plusieurs milliers d’euros), mais qui peut réduire la facture de chauffage de 25 à 40 %. Ce type de projet est aujourd’hui largement soutenu par les aides publiques (voir ci-dessous), ce qui change complètement l’équation financière.
L’isolation, le levier le plus structurant
C’est le geste qui rapporte le plus sur la durée, car il agit sur la cause du problème plutôt que sur ses conséquences : un logement mal isolé perd de la chaleur en continu, quel que soit le mode de chauffage choisi. Par ordre de priorité, les déperditions thermiques se répartissent en moyenne ainsi : la toiture représente 25 à 30 % des pertes, les murs environ 25 %, et les fenêtres environ 15 %. Isoler les combles perdus, souvent le chantier le plus rentable, coûte généralement entre 20 et 50 €/m² avant aides, pour une réduction de la facture de chauffage pouvant atteindre 20 à 25 %.
Les aides disponibles en 2026
Le paysage des aides à la rénovation énergétique a été révisé en 2026, avec un guichet MaPrimeRénov’ qui a rouvert le 23 février 2026 après l’adoption de la loi de finances. Quelques points clés à connaître :
- Les taux de prise en charge sont modulés selon les revenus : 80 % pour les ménages très modestes, 60 % pour les modestes, 45 % pour les intermédiaires et 10 % pour les revenus supérieurs.
- Le cumul MaPrimeRénov’ et primes CEE (financées par les fournisseurs d’énergie, sans condition de revenus) reste possible pour le parcours « par geste », avec un plafond global allant jusqu’à 90 % du montant des travaux pour les foyers très modestes.
- Attention toutefois : depuis le 1er janvier 2026, l’isolation des murs par l’intérieur et par l’extérieur n’est plus financée dans le parcours « par geste » et doit désormais s’inscrire dans une rénovation d’ampleur.
- Un éco-PTZ (prêt à taux zéro) permet de financer le reste à charge, et la TVA à taux réduit de 5,5 % s’applique automatiquement sur les travaux de rénovation énergétique.
Bien combinées, ces aides permettent en général de réduire le coût final d’un chantier de rénovation de 15 à 30 %, voire davantage pour les ménages aux revenus modestes. Avant tout projet, une simulation gratuite sur le site officiel France Rénov’ permet de connaître précisément son éligibilité.
Récapitulatif : combien peut-on économiser au total ?
| Levier | Effort | Économie annuelle estimée |
| Changer de fournisseur (électricité) | Faible | 80 – 150 € |
| Changer de fournisseur (gaz) | Faible | 60 – 100 € |
| Ajuster la puissance souscrite | Faible | 30 – 50 € |
| Passer en option Heures Creuses + décalage des usages | Moyen | 80 – 200 € |
| Gestes quotidiens (chauffage, veilles, dégivrage…) | Faible | 150 – 250 € |
| Équipements (LED, thermostat, entretien) | Moyen | 100 – 200 € |
| Isolation (avec aides) | Élevé (mais aidé) | 300 € et plus, selon la surface |
En combinant les trois axes (un changement de fournisseur, un ajustement de la puissance et de l’option tarifaire, et l’adoption de quelques gestes simples) , un foyer moyen peut réalistement viser entre 250 et 500 € d’économies par an, sans aucun investissement lourd. Y ajouter un projet d’isolation, en s’appuyant sur les aides 2026, permet de franchir un cap supplémentaire et de réduire durablement sa dépendance à la volatilité des prix de l’énergie.
Par où commencer ?
Si vous ne devez retenir qu’une seule priorité pour cette année : commencez par comparer votre offre actuelle et vérifier votre puissance souscrite. Ce sont les deux actions les plus rapides, les moins coûteuses, et elles peuvent être mises en place en moins d’une semaine. Vous pourrez ensuite, à votre rythme, intégrer les gestes du quotidien puis, si votre budget le permet, engager un projet de rénovation en profitant des aides encore disponibles en 2026.
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